Innover dans le biomédical en maîtrisant les risques des projets
Que cela concerne la conception d’une prothèse, de matériels d’analyse médicale, d’une molécule pour des médicaments, d’un logiciel de traitement de données médicales, l’innovation dans le domaine du biomédical est complexe du point de vue technique mais l’est aussi au niveau organisationnel. Comment concevoir un dispositif médical ou un produit de santé performant, dans les délais imposés par le marché et à un coût acceptable par les clients ? En outre, l’évaluation des technologies de santé, par l’HAS (Haute Autorité de Santé), ayant pour objectif de vérifier leur efficacité et leurs effets sur le patient et le personnel médical, impose la mise en œuvre d’une démarche structurée de gestion de projet qui prend en compte l’ensemble des risques.
C’est dans ce but que les chercheurs du laboratoire Conception de Produits et Innovation d’Arts et Métiers ParisTech travaillent, avec des experts du biomédical : créer des méthodes de management de projet adaptées spécifiquement à ce domaine, donner des outils aux chefs de projet. Les méthodes que nous proposons visent à identifier les dysfonctionnements de l’information dans le projet d’innovation par de nombreux outils : outils d’analyse stratégique, de créativité, d’analyse de risques,…
Issues de nombreuses expérimentations pratiques, principalement en R&D et dans les établissements de santé, et de recherche en management de la qualité et management de projet, une des méthodes que nous utilisons comporte quatre phases :
1- La définition de la stratégie du projet et l’analyse des risques préliminaire :
• Pour avoir une vue d’ensemble du projet, objective et partagée par tous les membres de l’équipe,
• Pour identifier les incohérences entre les objectifs recherchés et les ressources allouées.
Illustration : l’objectif de la conception d’un TIC santé peut être différent selon le point de vue (médecin ou ingénieur) ; les budgets alloués peuvent être insuffisants pour créer une véritable innovation (manque de temps, de ressources humaines) ; le projet peut être tellement risqué que l’entreprise décide d’avorter le projet et d’en favoriser un autre ; les objectifs sont trop ambitieux,…
2- La génération des scénarios de projet et leur modélisation :
• Pour organiser le projet et prévoir des alternatives au scénario idéal,
• Pour visualiser de manière schématique le projet dans son ensemble,
• Identifier les risques au niveau global pour prioriser les tâches pour lesquelles l’analyse de risques doit être très fine.
Illustration : le chef de projet d’un projet de conception d’une prothèse ne partage pas sa vision du projet et n’a pas identifié une nouvelle solution technique qu’un membre de l’équipe projet maîtrise bien ; le scénario idéal du projet est irréalisable parce que la technologie prévue n’est pas mature ; la phase de conception d’une seringue nouvelle génération est connue mais son industrialisation à grande échelle requiert la mise en place d’un partenariat risqué,…
3- La décomposition des tâches priorisées en trois types d’information : recueil, traitement et transmission de l’information :
• Pour identifier les informations critiques de la tâche pour lesquelles une action doit être entreprise ou anticipée,
• Pour créer de nouveaux scénarios de projet dont les risques seront plus maîtrisés.
Illustration : l’utilisation matières chimiques nocives peut entraîner des risques pour l’environnement, l’oubli de test peut faire échouer la validation d’un dispositif médical par l’HAS,…
4- La capitalisation des connaissances acquises sur les projets :
• Pour apprendre de l’expérience,
• Pour se créer une base de risques utile aux projets d’innovation futurs.
Illustration : il y a cinq ans, l’entreprise X a réalisé un dyaliseur A, l’objectif est de concevoir un dyaliseur B de nouvelle génération, quelles sont les erreurs à ne pas reproduire ?
La mise en pratique de ces méthodes requiert un apprentissage léger mais aussi du temps qui est très souvent rentabilisé aux vues des résultats observés lors de nos expérimentations. Autant, Les grandes entreprises sont souvent les plus favorisées pour mettre en place ce type de démarche, autant les plus petites structures s’adaptent plus facilement aux méthodes qui viennent structurer une expertise pré-existante.
Contacts : Nicolas VERVLIET, nicolas.vervliet@ensam.eu, Rémy GAUTIER, remy.gautier@ensam.eu -
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